Gestion des couloirs de transhumance à Forgho : D’un conflit agropastoral en solution durable
Dans la commune rurale de Forgho, région de Gao, la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs est une question de survie.
Ici, à la lisière des zones agricoles et pastorales, l’insécurité et les déplacements forcés ont profondément bouleversé les équilibres traditionnels. Ces derniers mois, la pression s’est accentuée : fuyant les attaques de groupes armés, des éleveurs sont revenus avec leurs troupeaux, sans disposer d’espaces sécurisés pour la transhumance. Faute d’alternative, certains ont laissé leurs bêtes pénétrer dans des rizières en pleine croissance. En réaction, des agriculteurs ont saisi les animaux et les ont conduits à la fourrière, faisant monter la tension d’un cran.
Face au risque d’affrontement, le chef de village, Moctar Ali Amadou Maïga, a engagé une médiation directe entre les parties. L’approche s’est voulue pragmatique et centrée sur les contraintes de chacun. Les éleveurs ont exposé une réalité sécuritaire implacable : « déplacer un troupeau aujourd’hui, c’est risquer sa vie ». Les agriculteurs, eux, ont insisté sur les pertes économiques liées à la destruction des cultures. Plutôt que de trancher en faveur d’un camp, la médiation a visé un compromis structurant. Première décision forte : la restitution des animaux aux éleveurs, afin d’éviter une escalade. Mais surtout, une mesure concrète a été adoptée : la création de cinq espaces aménagés pour la transhumance.
Ces sites ne sont pas de simples zones de passage. Grâce à une mobilisation communautaire, ils ont été clôturés pour limiter les divagations de bétail, et un forage y a été installé pour garantir l’accès à l’eau. Ce dispositif répond simultanément aux besoins des éleveurs — sécuriser leurs troupeaux — et à ceux des agriculteurs — protéger leurs champs. « Avant, les animaux entraient partout. Maintenant, chacun sait où aller », résume un habitant. En quelques semaines, les tensions ont nettement diminué, et les incidents se sont raréfiés.
L’intérêt de l’expérience de Forgho réside dans sa reproductibilité. Elle repose sur trois leviers clés : une médiation locale légitime, l’identification précise des besoins de chaque groupe, et des solutions matérielles cofinancées par la communauté. Dans un contexte où les politiques publiques peinent parfois à couvrir l’ensemble du territoire, ce type d’initiative montre que des réponses locales peuvent produire des effets rapides et durables. Les limites existent toutefois : l’entretien des infrastructures, la sécurisation des zones aménagées et l’extension du modèle à d’autres localités restent des défis.
À Forgho, une crise potentiellement violente a ainsi été transformée en opportunité de coopération. En organisant les couloirs de transhumance et en rétablissant le dialogue, la communauté a posé les bases d’un vivre-ensemble plus résilient. Une démonstration que, même dans des contextes fragiles, des solutions concrètes peuvent émerger lorsque les acteurs locaux reprennent la main.
Ousmane Mahamane
Ce reportage est publié grâce au soutien de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas, à travers le Famoc, dans le cadre du projet, lutte contre les extrémismes à travers le journalisme de solutions
