Cercle de Kéniéba : quand la fièvre de l’or vide les bancs de l’école

Cercle de Kéniéba : quand la fièvre de l’or vide les bancs de l’école

À Kéniéba, dans le sud-ouest du Mali, le bruit des motopompes semble parfois couvrir celui des sonneries d’école. Attirés par la promesse d’un gain rapide, de nombreux enfants et adolescents délaissent progressivement les salles de classe pour les sites d’orpaillage. Derrière cette ruée vers l’or se dessine une autre réalité : celle d’une jeunesse qui risque de sacrifier son avenir pour répondre aux urgences économiques du présent.

À quelques kilomètres des villages, les placers s’animent dès les premières heures de la journée. Pelles, bassines, tamis et motopompes rythment le quotidien. Dans ce décor marqué par la recherche du précieux métal jaune, des enfants sont parfois aperçus aux côtés des adultes. elon les alertes rapportées par des organisations de la société civile locale, plus de 80 % des élèves auraient progressivement déserté les établissements scolaires dans certaines zones du cercle pour rejoindre les sites d’orpaillage. Un chiffre préoccupant qui, s’il doit être documenté et vérifié établissement par établissement, traduit une inquiétude réelle autour de la fréquentation scolaire.

Quand l’urgence du quotidien prend le pas sur l’école

Derrière chaque enfant qui quitte les bancs de l’école se trouve souvent une histoire familiale. Dans des foyers confrontés au manque de revenus et aux difficultés quotidiennes, l’orpaillage apparaît parfois comme une solution immédiate. « On ne peut pas ignorer la réalité du quotidien. Quand le repas du soir n’est pas garanti, quelques milliers de francs rapportés par l’enfant peuvent sembler plus importants qu’une journée passée à l’école », confie sous couvert d’anonymat un père de famille installé à proximité d’un site minier. Pour ce parent, le dilemme est douloureux : « Nous savons que l’école peut changer la vie de nos enfants. Mais lorsque la famille a besoin d’argent aujourd’hui, il devient difficile de demander à un enfant de penser uniquement à demain. » N’Faly Dansogo père de famille : « L’or peut donner de l’argent rapidement, mais il ne doit pas prendre à nos enfants la possibilité de construire leur avenir. »

Des salles de classe qui se vident

Dans les établissements concernés, les enseignants constatent les conséquences de cette situation. Des classes qui étaient autrefois bien remplies se retrouvent avec de nombreuses places libres au fil des semaines.

« C’est un véritable crève-cœur. Nous commençons l’année avec des classes chargées, puis, au bout de quelques semaines, les élèves disparaissent un à un », déplore Salif Sissoko Directeur de l’école B. Pour lui, le problème dépasse largement la simple absence scolaire : « Lorsqu’un enfant abandonne l’école pour une activité minière, il ne perd pas seulement des cours. Il risque de perdre progressivement le lien avec l’apprentissage, avec ses ambitions et avec un projet d’avenir. » Mahamadou Singaré DCAP : « Notre responsabilité collective est de faire comprendre que l’orpaillage ne doit pas devenir une alternative à l’éducation. L’école reste un investissement essentiel pour l’avenir de ces enfants et de toute la communauté. » Pour les parents, la situation n’est pas toujours une question de volonté. Beaucoup sont eux-mêmes confrontés à la pauvreté et à l’absence d’alternatives économiques. « Nous ne voulons pas que nos enfants restent pauvres. Nous voulons qu’ils puissent apprendre, obtenir un diplôme et avoir un métier. Mais pour cela, il faut aussi aider les familles qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts », Aliou Sidibé président du comité de gestion de l’école B. Cette dimension sociale est essentielle. Car demander aux familles de maintenir leurs enfants à l’école sans prendre en compte leurs difficultés économiques risque de laisser intact le problème.

Une jeunesse exposée aux dangers des sites miniers

Au-delà de la déscolarisation, la présence d’enfants sur les sites d’orpaillage soulève également des préoccupations en matière de protection de l’enfance. Travail physique pénible, risques d’éboulement, accidents, exposition à des substances dangereuses : les dangers sont nombreux sur certains sites miniers. L’école, elle, devrait être un espace où l’enfant apprend, se construit et prépare son avenir, loin des risques liés au travail minier. Face à cette situation, les acteurs de la société civile appellent à une réponse collective. Sensibilisation des parents, renforcement de la surveillance des sites, accompagnement des établissements scolaires et soutien aux familles vulnérables figurent parmi les pistes évoquées. À Kéniéba, le véritable défi ne consiste donc pas seulement à faire revenir les enfants dans les salles de classe. Il s’agit aussi de s’attaquer aux raisons qui les poussent vers les mines. Car derrière les bancs vides, il y a des rêves interrompus. Derrière chaque pelle tenue par un enfant, il y a une famille qui cherche à survivre. Et derrière chaque abandon scolaire, c’est une possibilité d’avenir qui s’éloigne. « Un enfant ne devrait pas avoir à choisir entre remplir une bassine de minerai et remplir son cahier de leçons », Youssouf Traoré maire de la commune de kéniéba À Kéniéba, la question est désormais posée avec urgence : comment faire en sorte que la richesse du sous-sol ne devienne pas, pour une partie de la jeunesse, une pauvreté de l’avenir ?

Abdoulaye B Coulibaly de retour de kéniéba

 

 

 

 

 

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