Marché financier local : La Guinée mobilise 520 millions de dollars US en un mois
Grâce à sa souveraineté monétaire assurée par sa Banque Centrale (BCRG) la Guinée a levé 4579 milliards GNF sur le marché obligataire local pour un objectif initial de 2500 milliards (GNF). Fait sans précédent au pays de Sékou Touré!
Suite à son dernier appel public à l’épargne, l’Etat guinéen est parvenu à mobiliser le 30 Octobre dernier 4579 milliards GNF (soit la bagatelle de 520 millions de dollars US) sur le marché obligataire local en l’espace d’un mois, dépassant largement l’objectif initial de 2500 milliards GNF. Avec un taux de souscription de 183%, cette opération témoigne, selon le gouvernement et les acteurs du secteur bancaire, de l’intérêt des investisseurs pour les titres publics guinéens. Elle s’inscrit dans la programmation de la dette publique et ne compromet pas sa soutenabilité.
Tout s’est passé dans les règles de l’art et à la satisfaction des autorités guinéennes, à en croire les professionnels des finances, dont le ministre de l’Economie des Finances et du Budget, le Gouverneur de la Banque centrale, les représentants du syndicat bancaire, au cours d’une conférence de presse, le vendredi 30 octobre dernier. Mieux, ils ont apporté des précisions sur les ressorts de cette mobilisation, son coût et l’utilisation des fonds. Contre toute attente, les souscriptions ont atteint 4579 milliards GNF, soit un dépassement de 2079 milliards GNF par rapport aux prévisions initiales ; un résultat que la ministre de l’Economie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, considère comme un indicateur de la bonne foi des acteurs économiques envers l’Etat guinéen.
Financer les investissements publics structurants
Selon elle, cette mobilisation traduit la confiance des banques, des entreprises et des citoyens dans la stabilité du pays, ses perspectives économiques et sa capacité à honorer ses engagements financiers.
Pour elle, l’emprunt est contracté sur une maturité de cinq ans, plus longue que celle des bons du Trésor, ce qui permet d’étaler les remboursements.
Elle a également rappelé que les ressources mobilisées ne serviront pas à financer les dépenses courantes de l’Etat, mais des investissements publics structurants dans les secteurs de la santé, de l’énergie, de l’éducation des infrastructures et de l’agriculture.
Au-delà de la performance de l’opération, le gouvernement entend faire de l’épargne nationale un levier de financement du programme Simandou 2040, dont les besoins sont estimés à plus de 200 milliards de dollars. La ministre estime que la Guinée doit d’abord mobiliser ses propres ressources avant de solliciter davantage les investisseurs étrangers.
En faisant sienne cette affirmation, la Guinée a échappé aux fourches caudines du FMI, qui lui avait proposé un emprunt de 450 milliards de dollars à des conditions défavorables. Pour l’Administrateur Directeur Général, Dr Guy Laurent Fondjo de la filiale de la banque privée camerounaise implantée en Guinée, Afriland First Bank Guinée, celle-ci a contribué à hauteur de 1330 milliards GNF, lors de la mobilisation de l’épargne domestique à Conakry.
Aux yeux de la ministre, un dispositif de suivi renforcé est à l’ordre du jour par son département. A ce titre, elle a annoncé le lancement d’un système digital de suivi des investissements publics, destiné à renforcer le contrôle de l’exécution des projets.
Quid de l’AES ?
Les pays de l’AES, n’ayant pas leur propre banque centrale, sont sevrés d’une opportunité similaire, qui aurait pu accélérer plutôt leur industrialisation, tout en boostant leurs économies. En effet, la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) est plutôt une entrave à une telle performance. Elle n’est ni plus ni moins qu’une succursale d’enregistrement des ordres venant de Paris. La BCEAO ne décide pas de financer notre économie basique. Elle constitue un boulet aux pieds de l’AES, un goulot d’étranglement économique, malgré la bonne nouvelle de l’évangile de la stabilité du franc CFA, lue par le Gouverneur de la BCEAO Jean Claude Kouassi Brou.
Accélérer la cadence de la souveraineté
Il est impératif, pour la Confédération de l’AES, de se débarrasser de ce carcan monétaire, qu’est le Franc CFA, vieux de plus de 70 ans, en accélérant la cadence de sa souveraineté dans tous les secteurs d’activité, notamment dans celui de la monnaie, grâce la création de la Banque centrale des Etats de la Confédération du Sahel (BCECS) dotée de sa nouvelle puissante monnaie : le ‘’Sahel’’.
Par Mohamed Koné
