VIH/SIDA et vie de couple : aimer sans contaminer son conjoint, une réalité médicale et humaine

VIH/SIDA et vie de couple : aimer sans contaminer son conjoint, une réalité médicale et humaine

Au Mali, les personnes vivant avec le VIH continuent de faire face à de nombreux préjugés sociaux. Pourtant, les avancées médicales et les témoignages de couples sérodiscordants démontrent qu’il est aujourd’hui tout à fait possible de vivre une relation amoureuse stable, de fonder une famille et de protéger son partenaire séronégatif. Enquête sur une réalité encore méconnue.

Longtemps entouré de peur, de stigmatisation et d’idées reçues, le VIH reste au cœur de nombreuses inquiétudes lorsqu’il est question de vie de couple. Dans l’imaginaire collectif, aimer une personne séropositive est encore souvent perçu comme une prise de risque inévitable. Une perception que la science et les expériences de vie viennent pourtant largement déconstruire.

Un micro-trottoir réalisé auprès de quelques habitants illustre le poids persistant des représentations sociales.

Mouna Sissoko, étudiante, admet sans détour qu’elle aurait du mal à envisager une relation avec une personne vivant avec le VIH. « Sans juger les personnes séropositives, je dirais que je n’aurais pas ce courage. En réalité, cette maladie me fait peur », confie-t-elle.

Même hésitation chez Ousmane Coulibaly, qui dit rester marqué par les messages de prévention traditionnels. « On nous a toujours expliqué que c’est une maladie sexuellement transmissible. Comment être convaincu du contraire aujourd’hui ? », s’interroge-t-il.

Ces réactions traduisent une réalité : les clichés sociaux continuent souvent de primer sur les progrès scientifiques.

Les experts sont formels : oui, c’est possible

Pour le Pr Garan Dabo, infectiologue, la réponse est claire : une personne séropositive peut vivre en couple sans contaminer son conjoint, à condition de suivre correctement son traitement antirétroviral. « La réponse est oui. Une personne vivant avec le VIH peut être en couple sans transmettre le virus dès lors qu’elle suit régulièrement son traitement. Celui-ci permet d’atteindre une charge virale indétectable, ce qui empêche la transmission. La condition est simple : être sous traitement et rester indétectable », explique-t-il.

Ce principe, désormais validé par la science, repose sur le concept “Indétectable = Intransmissible” (I=I).

L’infectiologue rappelle toutefois que l’absence de traitement expose les deux partenaires. Sans prise en charge, le virus évolue à travers plusieurs phases, pouvant affaiblir considérablement la personne infectée et augmenter le risque de transmission.

Des couples épanouis malgré la sérodiscordance

Au-delà des données médicales, des témoignages concrets viennent confirmer cette réalité. C’est le cas de Mme Fatoumata Traoré, vivant dans un couple sérodiscordant depuis plusieurs années. Diagnostiquée séropositive en 2006 après le décès de son mari et de sa coépouse, elle raconte un parcours marqué par la solitude avant une reconstruction progressive. « En 2021, je me suis remariée avec une personne séronégative. Après lui avoir parlé de mon statut, il n’y a pas eu de problème. L’amour et la confiance se sont imposés. Je lui ai expliqué les modes de transmission et ce qui ne transmet pas le VIH. Aujourd’hui, nous vivons en parfaite harmonie », témoigne-t-elle.

Pour elle, le message essentiel reste la transparence dans le couple. « Le premier conseil est de connaître son statut et de le partager avec son conjoint sans complaisance », insiste-t-elle.

Une réalité qui dépasse les frontières du Mali

La possibilité de vivre pleinement avec le VIH n’est pas propre au Mali. À l’international aussi, de nombreux parcours inspirants viennent nourrir l’espoir. L’histoire d’Andréa Belo, Camerounaise vivant en France, en est une illustration. Infectée à 22 ans, elle est aujourd’hui mariée et mère de trois enfants en bonne santé. « Malgré tout, j’arrive à vivre comme toutes les autres femmes, comme n’importe quelle épouse, n’importe quelle maman », explique-t-elle avec sérénité.

Elle dénonce surtout le poids des idées reçues : « Les gens pensent qu’on est toujours malade, qu’on ne peut pas travailler ou avoir une vie normale. Pourtant, ma vie est tout à fait normale, comme celle de mon conjoint qui n’est pas infecté ».

Le véritable défi : vaincre la peur et le regard social

Pour Emmanuel Kamaté, psychologue au service des maladies infectieuses du CHU Point G, le principal obstacle dans les couples sérodiscordants reste psychologique. « Le premier défi est la peur de la contamination, et cela est normal. Cette peur peut générer du stress et impacter l’intimité du couple », explique-t-il.

À cela s’ajoute le poids du jugement social. « Le couple peut être victime de stigmatisation si le statut de l’un des partenaires est connu », souligne le spécialiste.

Le projet parental reste également une source d’inquiétude fréquente. Pourtant, là encore, la médecine apporte des réponses rassurantes. « Il est aujourd’hui possible d’avoir des enfants sans risque de contamination, à condition de respecter le suivi médical », rappelle-t-il.

Sensibiliser pour briser les tabous

À la lumière des expertises médicales et des témoignages recueillis, le constat est sans appel : oui, une personne vivant avec le VIH peut aimer, se marier et vivre durablement avec un partenaire séronégatif sans le contaminer.

La clé repose sur trois piliers : le dépistage, la transparence au sein du couple et l’observance rigoureuse du traitement antirétroviral.

Au Mali, l’enjeu reste désormais de renforcer les campagnes de sensibilisation pour combattre la stigmatisation, corriger les fausses croyances et permettre aux personnes vivant avec le VIH de mener une vie affective et familiale épanouie.

Amadou Kodio / Afrikinfos-Mali

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