Yélimané : quand l’argent de la diaspora devient un levier de développement

Yélimané : quand l’argent de la diaspora devient un levier de développement

Dans le Cercle de Yélimané, une nouvelle dynamique semble prendre forme. Longtemps essentiellement destiné à soutenir les familles restées au pays, l’argent de la diaspora commence progressivement à prendre une autre direction : celle de l’investissement productif. La création d’une unité industrielle de transformer la patte d’arachide en huile par un enfant du terroir illustre cette évolution et ouvre une nouvelle perspective pour un territoire où les besoins en emplois et en activités économiques restent majeurs.

Pour de nombreuses familles de Yélimané, la diaspora représente depuis des années un soutien précieux. Des ressortissants installés à Bamako, en Afrique de l’Ouest, en Europe ou ailleurs contribuent régulièrement aux dépenses familiales, à la construction de logements et à la prise en charge de besoins essentiels. Mais aujourd’hui, une autre ambition se dessine : transformer une partie de cet argent en outil de production et de création de richesse. C’est dans cette logique que s’inscrit le projet de la nouvelle usine. Pour son promoteur, Sega Koita, investir dans une unité de production à Yélimané ne signifie pas seulement construire une infrastructure : c’est une manière de participer directement au développement de son territoire d’origine. « Pendant longtemps, nous nous sommes contentés d’envoyer de quoi nourrir nos familles et subvenir aux urgences quotidiennes. C’est indispensable, mais cela ne crée pas d’autonomie financière sur le long terme », explique Sega Koita. « En créant cette usine chez nous, je veux montrer à nos frères de la diaspora que Yélimané est une terre d’opportunités. Il est temps que nos ressources financières deviennent de véritables capitaux d’investissement pour industrialiser notre localité. » Derrière les murs de cette infrastructure, il y a donc une ambition qui dépasse la seule activité économique : montrer que les ressortissants peuvent devenir de véritables acteurs du développement local, en investissant dans leur propre territoire plutôt que de limiter leur contribution à l’aide sociale. Une vision pleinement partagée par l’autorité traditionnelle. Pour le Chef de village Mady kama Gassama, cette initiative marque un tournant historique pour la communauté : « Nous avons béni ce projet dès le premier jour », confie le chef de village. « Voir un de nos enfants revenir investir ses ressources ici est une immense fierté. Cela redonne de la dignité à notre terre et prouve que notre salut viendra aussi de notre propre effort collectif. » À Yélimané, l’arrivée d’une activité industrielle constitue une source d’espoir majeure, notamment pour la jeunesse. Dans une zone historiquement marquée par les départs vers l’étranger, chaque nouvelle activité économique est perçue comme une occasion de rester au pays, de travailler et de construire son avenir sur place. « Pour nous, les jeunes de Yélimané, cette usine est un signal fort », témoigne Mamadou Coulibaly, porte-parole des jeunes de la localité. « Beaucoup d’entre nous ne pensaient qu’à l’émigration faute d’alternatives locales. Aujourd’hui, avec ces perspectives d’emploi direct et indirect, nous voyons enfin la possibilité de réussir chez nous, au milieu des nôtres. » Autour de l’unité de production, une véritable chaîne de valeur commence déjà à se dessiner : transport, commerce, petits services, restauration ou fourniture de biens. L’enjeu est de faire circuler la richesse créée localement et de permettre à toutes les couches de la population d’en bénéficier, en particulier les femmes, piliers du commerce de proximité. « Les femmes sont les premières bénéficiaires de la vitalité économique d’un village », souligne Mme Aïssata Niang, présidente du groupement des femmes de la commune. « L’implantation de cette entreprise va dynamiser nos activités marchandes et créer des opportunités d’emplois pour nos filles et nos fils. C’est une autonomisation concrète pour nous toutes et une stabilité renforcée pour nos foyers. » L’initiative privée de la diaspora s’inscrit également dans le cadre des orientations stratégiques nationales visant à promouvoir le développement local et la souveraineté économique. Présent pour encourager cette transition, le représentant du Ministre du Commerce et de l’Industrie Madame Korotoumou Santara a salué l’initiative : « Le gouvernement Mali accompagne et encourage fermement ce type de démarche », a déclaré le représentant du Ministre du Commerce Madame Korotoumou Santara. « La diaspora constitue un pilier de notre économie, et son orientation vers le secteur productif est essentielle pour renforcer le tissu industriel de nos régions. L’État continuera d’œuvrer pour sécuriser et faciliter les investissements de nos compatriotes de l’extérieur afin de pérenniser ces projets structurants. » Cette dynamique pose désormais un défi majeur : créer les conditions d’accompagnement nécessaires pour s’assurer que de telles initiatives s’inscrivent dans la durée. La disponibilité des infrastructures, l’accès à l’énergie et la mobilisation des acteurs locaux seront autant d’éléments déterminants.

Un signal fort pour l’ensemble de la diaspora

Au-delà de Yélimané, cette expérience envoie un message clair à l’ensemble des ressortissants vivant à l’extérieur. Leur contribution au développement ne se limite pas nécessairement aux transferts d’argent destinés aux dépenses quotidiennes : une partie de ces ressources peut être orientée vers des projets créateurs de valeur ajoutée et d’emplois durables. C’est peut-être là l’une des dimensions les plus importantes de cette initiative : faire évoluer le regard porté sur l’argent de la diaspora, en passant progressivement d’une logique de soutien familial à une logique d’investissement et de développement territorial. À Yélimané, l’usine devient ainsi le symbole d’une ambition nouvelle : celle d’un territoire qui souhaite transformer la générosité de ses enfants en un moteur économique tourné vers l’avenir.

Abdoulaye B Coulibaly de retour de Yélimané

 

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